Avis du panel des parties prenantes

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Les commentaires du panel sur le Rapport Développement Durable 2012

Membres du Panel Développement Durable, nous sommes des experts et conseillers avec une perspective globale et un parti pris : accélérer la transition vers le développement durable. Le Groupe EDF nous consulte régulièrement sur ses enjeux stratégiques et nous propose de résumer ici, publiquement et librement, nos avis dans le cadre de son rapport annuel.

Précisément, dès 2005, nous avions émis de fortes réserves sur la qualité et la couverture du rapport. Nous apprécions donc aujourd’hui le progrès accompli dans la clarté des données de performance, leur matérialité et leur vérification. De plus, la publication de 11 Engagements mesurables démontre un pas décisif dans une gestion intégrée de la responsabilité de tout le Groupe. Dans un contexte de crise, EDF reste une entreprise qui investit, recrute et forme son personnel, et qui soutient ses clients dans les situations précaires.

Cependant de nombreux résultats ne sont pas à la hauteur des enjeux. Leur tendance sur la durée affaiblit même la portée de certains de ces Engagements. Comme nous le répétons depuis 2008 : Il faut des progrès impressionnants et plus vite !

Le développement durable est le défi de l’accès pour tous à la prospérité et la qualité de vie avec toujours moins d’impacts sur les ressources finies de notre planète. Ainsi la croissance du chiffre d’affaire et de la production devrait se faire avec une réduction nette et continue des besoins de combustibles et d’eau, des rejets de déchets et pollutions de toutes natures, y compris de gaz à effet de serre. Or il n’en est rien.

C’est en particulier le cas du CO2. Alors que par son expansion EDF prend la main sur un parc thermique de plus en plus conséquent, notre Panel insiste régulièrement sur l’importance d’un objectif à la hauteur des ambitions de l’Union Européenne, à court terme, puis, jusqu’à l’élimination des carburants fossiles. Certes, producteur majeur, EDF vante la faible intensité-carbone de son kWh en Europe. Nous ne suivons pas ce raisonnement car cela ne doit rien à une stratégie de développement durable : c’est un investissement ancien de fonds publics pour l’indépendance nucléaire de la France. Il serait difficile aujourd’hui de mobiliser de tels capitaux privés ou publics, contre les craintes de beaucoup de citoyens, pour cette source d’énergie à haut risque bien que sans carbone. D’ailleurs, le climat n’est pas sensible à l’intensité carbone du kWh mais à la montée massive des flux de carbone du sous-sol vers l’atmosphère. EDF reste un des principaux moteurs de ce transfert. Alors l’objectif actuel de son engagement intensité-carbone, qui laisse une marge de croissance de ces flux, plutôt qu’une contrainte à la réduction, est préoccupant.  Par contre son engagement d’investissement dans l’éolien et les autres énergies renouvelables, et leur croissance réelle dans son bouquet de production, permettent d’espérer.

Nous le répétons aussi : L’engagement sur l’efficacité énergétique est trop timide. La modernisation des centrales et l’intégration des multiples sources d’énergies renouvelables ne peuvent que renchérir le kWh. Il faut le compenser, illico et massivement, par l’efficacité et la sobriété pour maintenir des factures d’électricité accessibles à tous et soutenir la compétitivité de l’industrie. Vendre profitablement du « non-achat » d’électricité demande un nouveau concept commercial, de l’innovation dans les services et les auxiliaires valorisables auprès des abonnés.

C’est au regard de ces défis d’innovation que ce Panel doute de la capacité de solution du budget de Recherche et Développement. Depuis des années il oscille autour de 0,8% du chiffre d’affaire. C’est mieux que d’autres électriciens. Mais les entreprises innovantes d’autres secteurs font largement plus, au moins 3,5%. L’essentiel, 70%, du budget d’EDF soutiennent l’optimisation des activités existantes et le reste, 170 millions d’euros, est distribué sur des enjeux à moyen- et long-terme de développement durable.

Nous ne disons pas qu’EDF doive développer les prochaines générations de turbines, d’éoliennes ou de cellules photovoltaïques. Mais un ensemble de maillons manquants ralentissent une véritable transition énergétique : c’est le lissage de la demande des utilisateurs, l’intégration de sources renouvelables décentralisées, variables mais prévisibles, avec le contrôle des turbines à gaz les plus efficaces, c’est aussi la capacité et l’équilibrage des réseaux, et le développement de stockages répartis entre des réservoirs de barrage, l’eau chaude et divers stockages chimiques à venir. Peu d’entreprises ont la légitimité, l’intérêt et l’envergure d’inventer ces solutions d’une transition complexe. Encore faudrait-il qu’EDF s’en donnât enfin les moyens.

 

Claude Fussler
Président, International Sustainable Development Panel