Sûreté

Sûreté nucléaire : actualités et débats

Sûreté nucléaire : actualités et débats

Le 11 mars 2011, suite à un séisme et à une série de sept tsunamis, le système de refroidissement de la centrale nucléaire de Fukushima exploitée par TEPCO a été endommagé, entraînant d’importants rejets radioactifs et l'évacuation de 160 000 personnes des zones environnant la centrale.

Les gouvernements et les exploitants mondiaux, en particulier EDF, se sont mobilisés pour :

  1. proposer une assistance technique à TEPCO
  2. évaluer et contrôler le niveau de sûreté de leurs installations et de leurs organisations, au regard des situations extrêmes (séisme, inondation).

Sauf l'Allemagne et l'Italie, la plupart des pays ont confirmé leurs programmes nucléaires.

2012 a été une année riche en échanges internationaux pour :

  1. renforcer les engagements des exploitants et la culture de sûreté
  2. exploiter le retour de d'expérience de l'accident
  3. réaliser les modifications nécessaires.
  1. Au Japon, une nouvelle autorité de sûreté nucléaire est en place depuis septembre 2012 et la majorité des réacteurs nucléaires sont à l'arrêt. De profondes évolutions sont en cours pour renforcer le rôle de l'autorité de sûreté et fédérer l'engagement sûreté des exploitants. A Fukushima, les riverains ont été autorisés à rentrer chez eux dans certaines zones évacuées, mais d'autres zones demeurent d'un accès restreint
Une mobilisation internationale
  1. En Europe, les gouvernements, après avoir tenu un Conseil européen les 24 et 25 mars 2011, ont engagé leurs autorités de sûreté respectives à diligenter sur les sites nucléaires, dans les six mois, des stress-tests, appelés évaluations complémentaires de sûreté (ECS) en France.
  2. WANO1 a prescrit, le 18 mars 2011, à tous ses membres d'évaluer avant mi-mai le niveau de préparation de leurs installations et d'en rendre compte.
  3. L'AIEA2 a mandaté, en mai 2011, une mission d'experts au Japon et réuni en juin une conférence ministérielle sur la sûreté nucléaire.
  1. En août 2012, la seconde réunion extraordinaire de la Convention Sûreté nucléaire de l'AIEA, présidée par Li Ganjie, président de l’Autorité de sûreté nucléaire chinoise, a rassemblé153 pays. Elle a examiné les actions des pays signataires de la convention après l’accident, sur la base du rapport présenté par chaque pays. Elle a débouché sur des engagements précis, comme souhaité par Henri Proglio qui, a souligné l’engagement du groupe EDF aux côtés de l'Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) pour faire avancer la sûreté dans le monde, avec comme principe premier la nécessité de tout faire pour éviter qu’un accident grave ne contamine des territoires importants sur le long terme.

  2. Le groupe EDF a renforcé sa contribution à WANO, présidé depuis 2012 par le Français Jacques Regaldo

 

1 Word Association of Nuclear Operators. Cette association réunit tous les opérateurs de centrales nucléaires commerciales
2 Agence internationale de l'énergie atomique

Les actions d’EDF en France
Focus :
Évaluations complémentaires de sûreté et tests de résistance européens, les étapes clés du processus
  1. 5 mai 2011 : 12 décisions du collège de l’ASN prescrivent aux différents exploitants d’installations nucléaires la réalisation d’un rapport dit « d’évaluation complémentaire de sûreté » (ECS) répondant à un cahier des charges précis
  2. 15 septembre 2011 : pour les installations prioritaires, les exploitants transmettent à l’ASN leurs rapports d’évaluation complémentaire de sûreté
  3. 8 au 10 novembre 2011 : réunion des groupes permanents d’experts puis remise à l’ASN de leur avis sur les rapports des exploitants
  4. 3 janvier 2012 : l’ASN remet son rapport sur les ECS au Premier ministre, qui le transmet à la Commission européenne
  5. Janvier à avril 2012 : revues croisées (« peer reviews ») des rapports nationaux au niveau européen
  6. 26 avril 2012 : approbation par l’ENSREG du rapport des conclusions des revues croisées (peer review) européennes
  7. 26 juin 2012 : l’ASN prend dix-neuf décisions pour imposer des prescriptions complémentaires applicables à l’ensemble des centrales nucléaires au vu des conclusions des évaluations complémentaires de sûreté
  8. 28-29 juin 2012 : présentation par la Commission européenne de son rapport sur les tests de résistance au Conseil européen
  9. 10-14 septembre 2012 : missions de suite de la peer review européenne (fact finding missions)
  10. 13 décembre 2012 : examen, par le groupe permanent chargé des réacteurs, de la proposition d’EDF de noyau dur de dispositions matérielles et organisationnelles permettant de maîtriser les fonctions fondamentales de sûreté dans des situations extrêmes
  11. 21 décembre 2012 : publication et transmission à l’ENSREG du plan d’action national de l’ASN à la suite des tests de résistance.

Conformément à la décision du 5 mai 2011 de l'ASN et sous son contrôle, EDF a engagé 19 évaluations complémentaire de sûreté (ECS) des dispositifs matériels et humains de ses réacteurs en exploitation et de l'EPR de Flamanville, face :

  1. aux risques de séisme et d’inondation
  2. à la perte simultanée de la source de refroidissement et des alimentations électriques
  3. aux conséquences des accidents graves
  4. aux règles appliquées à la sous-traitance.

Ces ECS, réalisés par les exploitants, l'ingénierie et la R&D d'EDF, intègrent des situations extrêmes dépassant les limites retenues lors de la conception des installations et par les réexamens décennaux de sûreté.

L'ASN a instruit les 19 ECS d'EDF et remis au gouvernement, en janvier 2012, son rapport de conclusions assorti d'un avis indiquant qu'à l'issue des ECS, elle considère que : "les installations examinées présentent un niveau de sûreté suffisant pour qu’elle ne demande l’arrêt immédiat d’aucune d’entre elles. Dans le même temps, l’ASN considère que la poursuite de leur exploitation nécessite d’augmenter dans les meilleurs délais, au-delà des marges de sûreté dont elles disposent déjà, leur robustesse face à des situations extrêmes."

L’ASN a décliné, en juin 2012, cet avis en plus de 600 prescriptions techniques via 19 décisions (une par site en exploitation). Ces prescriptions et le plan d’actions post-Fukushima d’EDF sont axés sur l’augmentation de la robustesse des centrales françaises et de leur résilience aux situations extrêmes :

  1. cumul de phénomènes naturels d’ampleur exceptionnelle et surpassant les phénomènes retenus lors de la conception
  2. situations d’accidents graves consécutives à la perte prolongée des sources électriques ou de refroidissement.

EDF a engagé quatre actions.

  1. Renforcement, d'ici 2020, des équipes de conduite en cas d’accident grave
  2. Déploiement d’importantes modifications dans une logique d’amélioration continue de la sûreté et en anticipation des échéances du projet Durée de fonctionnement
  3. Création d’un noyau dur de dispositions matérielles et organisationnelles robustes pour garantir la sûreté au-delà du dimensionnement, dans des situations hautement improbables. Ces dispositions visent à éviter des rejets radioactifs massifs et durables dans l’environnement. Le noyau dur intègre aussi la gestion de crise, notamment centre de crise, moyens de communication, mesure de la dosimétrie, mesures dans l’environnement
  4. Création de la force d’action rapide nucléaire (FARN) pour aider un site en difficulté, en assurant la relève des équipes et en déployant des moyens complémentaires d’intervention d’urgence en moins de 24 heures, avec un début des opérations sur site dans les 12 heures à compter de leur mobilisation
  1. Depuis le 1er janvier 2013, la FARN peut déployer une colonne et une équipe de reconnaissance nationale dans chaque CNPE pour intervenir sur un réacteur. Fin 2014, elle doit pouvoir le faire pour les 4 réacteurs d’un site en difficulté et fin 2015, pour les 6 réacteurs d'un site.
  2. Dans ses ECS, EDF a proposé de rendre plus contraignantes les dispositions de la Charte de progrès conclue avec les prestataires du nucléaire en 2004 en les intégrant dans un cahier des charges social joint aux appels d’offres des industriels français du nucléaire. Effectif depuis le 1er janvier 2013, ce cahier des charges social intègre les critères incontournables (sûreté nucléaire, radioprotection, prévention des risques professionnels, qualité de vie au travail) et fixe des règles communes qui garantissent savoir-faire, compétence, formation et qualification des intervenants
  3. En 2012, EDF a remis les ECS de ses 6 sites en déconstruction : ils seront traités mi-2013 par l'ASN
Les actions d’EDF Energy au Royaume-Uni

Sur ses huit centrales et sur le projet d'EPR d'Hinkley Point, EDF Energy a :

  1. conduit les évaluations requises par WANO
  2. réalisé des stress tests (programme JER Japanese Earthquake Response) conformément aux demandes de l'autorité de sûreté britannique, l’ONR (Office of Nuclear Regulation), et de l’Union européenne.

EDF Energy n'a pas détecté de lacune dans les scénarios de sûreté opérationnelle et a identifié plusieurs opportunités pour améliorer la “résilience” à des évènements dépassant les hypothèses de conception : protection anti-inondation, renforcement des installations d’urgence sur site et des équipements de secours.

Conclusions du stress test du projet EPR d'Hinkley Point :

  1. les hypothèses de conception de référence pour le séisme et l’inondation sont robustes et laissent une marge de sécurité importante
  2. 30 améliorations potentielles de résilience ont été identifiées : elles vont être évaluées et intégrées à la conception de référence du modèle

Dans son rapport d'octobre 2011, l'ONR indique "ne voir aucune raison pour restreindre l'exploitation des centrales nucléaires au Royaume-Uni " et souligne la réaction "responsable et appropriée" de l'industrie nucléaire britannique, "affichant un leadership en matière de sécurité et une solide culture de sûreté nucléaire dans sa réponse". EDF Energy a accueilli favorablement ces conclusions et s’est engagé à mettre en œuvre les préconisations dans ses centrales existantes et futures.

EDF Energy va réaliser plusieurs centaines d’actions d'ici 2014, couvrant :

  1. la résilience sur sites (protection des bâtiments, installations de secours, gestion de l’information, technologie satellite, interfaces de réception des équipements, fournitures de secours), la construction de centres de gestion crise supplémentaires mobiles et sur certains sites, le renforcement du centre de crise central de Barnwood
  2. le stockage des équipements de secours en quatre points stratégiques (pompes d’assèchement, pompes haute pression, groupes électrogènes mobiles, unités d’hébergement véhicules tout terrain dont certains pour transporter des conteneurs spécialisés de grande taille)
  3. la modification de l’organisation d’intervention d’urgence (nouveaux rôles et nouvelles connaissances exigées)
  4. des modifications pour la centrale REP de Sizewell B : introduction des recombineurs d’hydrogène auto-catalytiques dans l’enceinte (avril 2013), télécommande du filtre-évent de l’enceinte de confinement (octobre 2014).

L'ONR note en octobre 2012 "qu'il apparaît clairement que des progrès satisfaisants sont en cours" et qu'il faut "s’assurer que les recommandations, considérations et résultats sont traités jusqu’au bout et que les améliorations de la sûreté sont bien mises en place".

  1. Pour le projet EPR de Hinkley Point C, des propositions ont été soumises à l’ONR
En Chine

Le gouvernement a réaffirmé sa volonté de développer l’énergie nucléaire compte tenu des enjeux environnementaux et de la nécessité d’optimiser le mix énergétique. Après l’accident, il a annoncé une série de décisions.

  1. Auto-évaluation des centrales et inspection nationale de sûreté des centrales en exploitation et en construction, réalisées en août 2011
  2. Élaboration du Plan de sûreté nucléaire et suspension de tout nouveau projet avant sa publication en 2012
  3. Réajustement du programme de développement nucléaire à moyen et long terme (40 GW à 80 GW d’ici 2020)
  1. Octobre 2012 : annonce d'une reprise des constructions nucléaires avec, dans les cinq prochaines années, l'approbation d'un petit nombre de projets de centrales de 3e génération.

CGNPC et EDF ont identifié des voies d'amélioration pour les centrales :

  1. prévisions sismiques et météorologiques, systèmes d'alerte
  2. renforcement de la capacité des absorbeurs d'hydrogène existantes et filtres
  3. alimentations mobiles en énergie et en eau
  4. formation
  5. plan d'urgence commun à plusieurs réacteurs.

La vérification de la cohérence des EPR en construction à Taishan avec Flamanville 3 a confirmé l'intérêt de moyens d'urgence mobiles (énergie, eau) et l'amélioration des fonctions de sûreté. Dix-huit modifications, ponctuelles ou de conception, ont été soumises à l'autorité de sûreté chinoise (NNSA, National Nuclear Safety Administration).

Annonces des pays au sujet de la production d'électricité d'origine nucléaire (source : AIE - World Energy Outlook 2011)

 

Capacité (GW)

Union Européenne
Plans annoncés pour soumettre à des stress-tests les 143 centrales réparties dans les pays de l'UE
États-Unis 106 Continuent de soutenir l’énergie nucléaire tout en soulignant que la sécurité est l’enjeu primordial
France 66 Continue de soutenir l’énergie nucléaire tout en étant soumise aux stress-tests de l’Union Européenne, et cherche à augmenter la part des énergies renouvelables
Japon* 46 A annoncé un examen de son plan nucléaire pour fixer la part d’électricité produite à partir du nucléaire à 53 % d’ici 2030
Russie 24 A confirmé sa prévision de doubler sa capacité nucléaire d’ici 2020 et entreprend un examen complet de sécurité
Corée 19 A confirmé son intention de poursuivre l’expansion de l’industrie nucléaire et de conduire des examens de sécurité
Allemagne** 13 A immédiatement arrêté les réacteurs opérationnels avant 1980 et annoncé que la fermeture de tous les autres réacteurs d’ici 2022, infirmant sa décision prise de 2010 de repousser le plan d’arrêt prévu en 2011
Chine 12 A temporairement suspendu l’approbation de nouveaux réacteurs nucléaires, mais a confirmé le 12e plan quinquennal qui vise à démarrer la construction d’une capacité nucléaire supplémentaire de 40 GW entre 2011 et 2015
Royaume-Uni 11 A affirmé son engagement en faveur de l’énergie nucléaire en annonçant son intention de construire huit nouveaux réacteurs d’ici 2025
Inde 5 A affirmé son intention d’accroître sa capacité nucléaire à 63GW d’ici 2032, tout en contrôlant la sécurité
République Tchèque
4 A affirmé son intention de construire deux nouvelles unités à la centrale nucléaire de Temelin
Suisse 3 A annoncé sa volonté de mettre à l’arrêt ses cinq réacteurs nucléaires d’ici 2034
Turquie 0 A confirmé son intention de lancer la construction du premier des quatre réacteurs planifiés (1,2 GW chacun) d’ici 2018
Italie 0 Le référendum de juin 2011 a imposé l’interdiction de relancer le programme de l’énergie nucléaire
Pologne 0 A confirmé son intention de construire son premier réacteur d’ici 2020
Indonésie Thaïlande
0 Ont reporté, ou envisagent de reporter, leur projet de première centrale nucléaire après 2020
Arabie Saoudite
Émirats Arabes Unis
Vietnam
0 Ont confirmé leur intention de construire leur première centrale nucléaire

 

* Intègre la mise à l’arrêt permanente de Fukushima Daiichi 1- 4
** Intègre la suppression de 9 GW de capacité pendant la première moitié de 2011